Divagaciones de una clown en cuarentena. Elise Perrin



Cuento de la Humanidad y del Futuro



Hay algunas cosas que la Humanidad no logra entender bien, aunque hace esfuerzos por dilucidarlas.  Los sueños, la muerte, el misterio del otrx, las iniciativas del cuerpo. ¿Qué hace entonces, desvalida e insolente, frente a esta lista de preguntas que ni siquiera es exhaustiva? Ante la duda, mejor ignorarlas. Hacer como si todo fuese normal. Como si fuera a vivir siempre sin arrugas. Como si sus sueños no fueran más que unos posteos efímeros en una pantalla vertiginosa.
Como cada día, reajusta su labial y su corbata y arremete contra el Futuro que está paseando tranquilamente por ahí, apenas un poco más lejos. Una vez más, la Humanidad se olvidó que el Futuro sólo es fruto de su imaginación. El Futuro no había pedido nada. Asustado por esta enorme marea que sonríe falsamente y está en verdad aterrorizada, el Futuro escapa y apoya sus valijas fantasmagóricas  ahí, apenas un poco más lejos. La Humanidad, sorprendida de no haberlo encontrado donde pensaba (los cálculos fueron hechos por los mejores estadísticos de Oxfridge), se pone entonces a buscar chivos expiatorios mordiéndose las uñas.
Eso lo hace bien, tiene algunos miles de años de experiencia. Sin perder tiempo, encuentra chivos expiatorios, los asfixia, los mata de hambre, los bombardea. Que esto sirva de lección para los aspirantes a chivos expiatorios, y para el Futuro, ya que estamos. Que deje de escapársele de las manos, como promesa confusa y obscena. Entonces, ¿no se puede confiar en nadie?! La Humanidad sin aliento empieza a formular sus reclamos en debida forma en las redes sociales, cuando de repente, ¿qué es lo que ve? Ahí, apenas un poco más lejos. Nada menos que al Futuro que se muere de la risa en la colina enfrente. O tal vez está llorando, no se ve bien. ¡¿Cómo se atreve?! Fuera de sí, la Humanidad patina en el barro y se lanza hacia él como un hombre, cuya media naranja está cuidando a lxs niñxs, mientras el gato ronronea sobre la estufa y sonríe a los sueños, a la muerte, a las iniciativas del otro, a los misterios del cuerpo.

Elise Perrin




Divagations d’une clown en quarantaine : petite histoire de l’Humanité et de l’Avenir

L’Humanité a beau y réfléchir dans tous les sens, il y a des trucs qu’elle n’a jamais réussi à élucider. Comme les rêves, la mort, les mystères de l’autre, les initiatives du corps. Et que fait-elle, démunie et insolente, face à cette liste de questions sans réponses qui n’est même pas exhaustive ? Dans le doute, elle fait comme si de rien n’était. Comme si elle allait vivre toujours sans prendre une ride. Comme si ses rêves n’étaient que des posts éphémères sur un fil d’actualité étourdissant.
Comme tous les jours, elle réajuste son rouge à lèvre et sa cravate et fonce droit sur l’Avenir qui déambule tranquillement, juste un peu plus loin. Encore une fois, elle a oublié qu’il n’est que le fruit de son imagination. L’Avenir, lui, n’a rien demandé. Effrayé par ce raz-de-marée faussement souriant et réellement paniqué, il se fait la malle sans demander son reste et pose ses valises fantasmagoriques là-bas, juste un peu plus loin. L’Humanité, tout étonnée de ne pas l’avoir trouvé où elle pensait (les calculs avaient pourtant été contrôlés par les meilleurs statisticiens d’Oxfridge), se met alors à chercher des boucs émissaires en se rongeant les ongles.
Ça, elle sait faire, elle a quelques milliers d’années de pratique derrière elle. Sans perdre de temps, les boucs émissaires sont trouvés, asphyxiés, affamés, bombardés. Que cela serve de leçon aux aspirants boucs émissaires, et à l’Avenir tant qu’à faire. Qu’il cesse de lui filer ainsi entre les doigts, promesse fumeuse, obscène. La voilà tout essoufflée, c’est quand même fou, on peut faire confiance à personne. Elle entreprend de rédiger ses plaintes en bonne et due forme sur les réseaux sociaux, quand soudain, que voit-elle là-bas? Rien moins que l’Avenir qui se tient les côtes sur la colline d’en face. Le sang de l’Humanité ne fait qu’un tour. Comment ose-t-il ? Elle dérape dans la boue et s’élance vers lui comme un seul homme dont la douce moitié garde les enfants, pendant que le chat ronronne sur le radiateur et sourit aux rêves, à la mort, aux initiatives de l’autre, aux mystères du corps.

Elise Perrin

Diario de cuarentena. Collage.

Diario de escritura colectiva. Collage de palabras de muchas mujeres, de diferentes oficios, de diferentes lugares, todas atravesadas por...